Beaucoup de choix quotidiens consistent à mettre en balance un avantage et un coût. Un nouveau téléphone fait plaisir, mais il laisse moins d'argent pour les courses. Les adultes ayant un TDAH (trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité) disent souvent avoir du mal avec ce type d'arbitrage. Un essai mené en Norvège et publié dans la revue Psychological Medicine a étudié l'effet d'un médicament courant du TDAH, le méthylphénidate (vendu notamment sous le nom de Ritaline), sur cet arbitrage dans une tâche sur ordinateur. Résultat principal : sous traitement, les participants TDAH tenaient davantage compte des coûts, sans changement dans leur attention aux récompenses.
Ce que les participants ont fait
L'équipe du psychologue Mads Lund Pedersen, de l'Université d'Oslo, a testé 61 adultes ayant un diagnostic de TDAH et 63 adultes sans ce trouble. Chacun apprenait d'abord que six formes rapportaient un certain nombre de points et que six couleurs en retiraient. Ensuite, une forme colorée apparaissait quelques secondes à l'écran. Il fallait combiner rapidement les deux valeurs, puis accepter l'offre si le total était positif ou la refuser s'il était négatif.
Les participants TDAH ont passé le test deux fois : une fois après leur dose habituelle de méthylphénidate, une fois après un placebo, c'est-à-dire une pilule sans substance active. D'après le compte rendu de PsyPost, ni les participants ni les chercheurs ne savaient quelle pilule était donnée tel ou tel jour. Le groupe de comparaison a aussi passé le test deux fois, sans pilule.
Ce que l'équipe a observé
Sous placebo, le groupe TDAH faisait plus d'erreurs que le groupe de comparaison. Les chercheurs ont utilisé un modèle mathématique qui découpe une décision rapide en plusieurs éléments, comme l'efficacité avec laquelle on recueille l'information et la quantité d'information attendue avant de répondre. Sous placebo, le groupe TDAH traitait moins efficacement les coûts comme les avantages, et répondait avec moins d'information. Les personnes sans TDAH accordaient plus de poids aux coûts qu'aux avantages ; le groupe TDAH sous placebo montrait l'inverse.
Sous méthylphénidate, le groupe TDAH traitait plus efficacement l'information sur les coûts, sans modification pour les récompenses. Son profil se rapprochait ainsi de celui du groupe de comparaison. Parmi les participants TDAH, ceux qui déclaraient des symptômes quotidiens plus sévères étaient les moins attentifs aux coûts sous placebo.
Ce qui reste incertain
Il s'agit d'une courte tâche de laboratoire avec des points, pas de vraies décisions d'argent, de conduite ou de santé. Un meilleur score à l'écran ne prouve pas que les choix de la vie réelle changent. Les auteurs évoquent aussi d'autres explications : le médicament a pu aider à mémoriser les valeurs apprises, ou à faire la soustraction mentale, plutôt qu'à modifier la façon de peser risques et récompenses. Les personnes ayant d'autres troubles psychiques sévères étaient exclues, donc les résultats ne s'appliquent peut-être pas à elles. Certains participants ont pu deviner, aux sensations ressenties, quand ils prenaient le vrai médicament, et cette attente a pu influencer leurs performances.
Ces résultats sont des moyennes de groupe portant sur environ 120 personnes. Ils ne prédisent pas la réaction d'une personne en particulier. L'étude décrit l'action du médicament dans un test précis ; elle ne donne pas de consigne de traitement, et toute question sur un médicament relève d'un échange avec le prescripteur.