Les étudiants moins satisfaits de leurs études qu'à l'ordinaire avaient tendance, plus tard dans le semestre, à procrastiner davantage et à penser plus souvent à abandonner. C'est ce que rapporte une étude parue dans l'European Journal of Psychology of Education. Procrastiner, c'est remettre à plus tard une tâche prévue, même en sachant que ce retard risque de poser problème.
Ce qu'ont fait les chercheurs
L'équipe a suivi 1 409 étudiants de licence dans trois universités allemandes, dont 837 femmes. Ils étudiaient le droit, l'économie, les lettres et sciences humaines ou les sciences et l'ingénierie. Ils ont rempli des questionnaires en ligne à trois reprises pendant le semestre d'automne 2018-2019 : au début, en décembre et en février. À chaque fois, ils indiquaient leur niveau de procrastination, leur satisfaction vis-à-vis de leurs études et leur intention d'abandonner.
Les chercheurs ont utilisé des modèles statistiques qui distinguent deux questions. La première compare les étudiants entre eux. La seconde compare chaque étudiant à son propre niveau habituel, ce qui permet de suivre l'évolution chez une même personne.
Ce qu'ils ont observé
Lorsqu'un étudiant se déclarait moins satisfait que les autres, son intention d'abandonner augmentait ensuite. Chez une même personne, une satisfaction plus basse que d'habitude était suivie à la fois de plus d'envies d'abandon et de plus de procrastination.
L'inverse n'est pas apparu. Dans cet échantillon, la procrastination ne précédait pas les changements de satisfaction ou d'intention d'abandon. L'intention d'abandonner ne précédait pas non plus la procrastination.
Ce que l'étude permet de dire, ou non
Ce dispositif indique quels changements surviennent en premier. Il ne prouve pas pour autant qu'une faible satisfaction cause la procrastination : d'autres événements de la vie étudiante peuvent influencer les deux. Les auteurs estiment que des actions visant la satisfaction des étudiants pourraient être utiles, mais l'étude n'a testé aucune action de ce type.
Les résultats concernent des étudiants et le travail universitaire. Ils ne montrent pas que le même enchaînement existe au bureau ou dans d'autres métiers. L'étude ne portait pas non plus sur des personnes ayant un TDAH.
Les principales incertitudes
Les étudiants qui procrastinaient le plus ou pensaient le plus à abandonner répondaient moins souvent aux questionnaires suivants. Ces départs ont pu atténuer ou déformer les tendances observées. Les données portent sur un seul semestre dans trois universités allemandes, avant la pandémie de COVID-19. D'autres pays, d'autres établissements ou d'autres périodes pourraient donner des résultats différents.